Le cadmium, un polluant chaud bouillant !

Le cadmium, un polluant chaud bouillant !

Le cadmium est un polluant environnemental majeur, toxique, bioaccumulatif et cancérogène, perturbateur endocrinien, d’origine principalement industrielle. La voie alimentaire est la première source d’exposition pour la population générale, tandis que la voie respiratoire prédomine chez les professionnels exposés. Des réglementations strictes encadrent son usage et ses rejets, mais des risques persistants existent, notamment en zones polluées ou via le tabagisme.

Le cas de la France est particulièrement problématique, puisque la population est l’une des plus exposées au monde. Des mesures sanitaires fortes devraient être prises par les autorités sanitaires à cet égard.

Nature et usages du cadmium

Le cadmium (Cd) est un métal de transition, blanc-bleuâtre, malléable, généralement récupéré comme sous-produit du traitement du zinc, mais aussi du plomb et du cuivre. Il existe principalement sous forme de sels (chlorures, sulfates, nitrates) ou d’oxydes, et est utilisé dans de nombreux secteurs industriels : batteries, pigments, photographie, métallisation, etc.

Grâce à sa ressemblance chimique avec le calcium, le cadmium peut franchir les barrières biologiques et s’accumuler dans l’organisme, notamment dans les tissus. Il est également présent dans la fumée de cigarette, sous forme d’oxyde.

Présence environnementale du cadmium

Le cadmium se retrouve dans plusieurs milieux :

Sols :

  • Naturellement présent dans la croûte terrestre (0,1 à 1 mg/kg), mais certains sols peuvent dépasser 10 mg/kg.
  • Sources anthropiques : pollution industrielle (boues, engrais phosphatés) pouvant atteindre jusqu’à 150 mg/kg.

Air :

  • Sources naturelles : poussières de sols, éruptions volcaniques.
  • Sources humaines : industries métallurgiques, combustion de charbon/pétrole, incinérateurs.

Eaux :

  • Naturelles : altération géologique, érosion, retombées atmosphériques.
  • Anthropiques : rejets industriels, engrais, eaux usées, pollution de l’air.

Aliments :

Principale voie d’exposition pour la population générale non-fumeuse. Les aliments les plus contributeurs sont :

  • Pain, pommes de terre, légumes
  • Mollusques et crustacés
  • Légumes à feuilles vertes
  • Céréales, riz

En 2009, l’EFSA a fixé une dose hebdomadaire tolérable (DHT) à 2,5 µg/kg de poids corporel.

Exposition humaine

Population générale :

  • Principalement par voie orale (alimentation, eau).
  • Les fumeurs sont exposés par inhalation (≈ 2 µg de cadmium par cigarette).

Exposition professionnelle :

  • Voie respiratoire dominante dans les secteurs industriels (métallurgie, pigments, batteries…).
  • Inhalation de poussières/fumées de cadmium.

Le cadmium impacte lourdement la santé

L’exposition chronique au cadmium, notamment par l’alimentation ou la fumée de cigarette, est un facteur de risque reconnu pour plusieurs pathologies graves en France, y compris certains cancers hormonodépendants comme le cancer du sein, et possiblement le cancer du pancréas.

Toxicité

  • Effets chroniques :
    • Reins : atteinte rénale fréquente
    • Os : déminéralisation, fragilité
    • Poumons : effets respiratoires
    • Reproduction : perturbations
    • Système immunitaire et foie : potentiellement impactés
  • Cancérogène : classé Groupe 1 par le CIRC

Cancérogénicité :

  • Inhalation : risque accru de cancer du poumon, confirmé par des études en milieux industriels et zones polluées.
  • Voie orale :
    • Risques accrus de cancers hormonodépendants (sein, prostate, endomètre, thyroïde).
    • Les études de cohortes et méta-analyses (Cho 2013, McElroy 2006, Akesson 2008, Jancic 2014) confirment ces liens.

Réglementation

Émissions industrielles (France, décret 2012) :

  • Air : 10 kg/an
  • Eau : 1 kg/an
  • Sols : 5 kg/an

Valeurs limites :

Milieu / Population                  Limite fixée

  • Air (OMS)                        0,003 mg/L
  • Eau potable (OMS)         3 µg/L
  • Eau (Europe)                  5 µg/L (directive transposée)

Population professionnelle :

Type d’exposition                      Valeur limite d’exposition (VLEP)

15 min (oxyde de cadmium)    0,05 mg/m³

Exposition 8h/jour                  0,05 mg/m³

Le cas très particulier de la France

La population française est, selon plusieurs études européennes et françaises, plus exposée au cadmium que la moyenne mondiale, en particulier par voie alimentaire. Cette surexposition française s’explique par plusieurs facteurs structurels et environnementaux :

1. Habitudes alimentaires spécifiques

L’alimentation française comprend beaucoup de pain, de pommes de terre, de légumes à feuilles vertes (salades, choux, épinards), de céréales et de fruits de mer, qui sont des vecteurs majeurs de cadmium. Ces aliments absorbent facilement le cadmium présent dans le sol et l’eau. Selon l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire), les produits de panification sèche et les végétaux à feuilles contribuent fortement à l’exposition.

La France importe majoritairement des engrais phosphatés du Maroc, pays qui possède les plus grandes réserves mondiales de phosphate naturel (plus de 70 % des réserves mondiales). Ces phosphates sont extraits et transformés en engrais phosphatés (comme le superphosphate ou le DAP) à usage agricole. Or, les phosphates marocains sont naturellement riches en cadmium, contrairement à ceux d’autres pays (ex. : Russie, États-Unis, Jordanie…).

2. Sols agricoles contaminés

L’utilisation historique d’engrais phosphatés contenant du cadmium a conduit à une accumulation dans les sols agricoles français. Ces sols contaminés transmettent le cadmium aux cultures qui remontent la chaîne alimentaire.

3. Prévalence du tabagisme

Le tabac est une source directe de cadmium (≈ 2 µg/cigarette). Bien que la consommation baisse, la France reste l’un des pays européens où le tabagisme est élevé, notamment chez les jeunes et les femmes.

4. Héritage industriel et pollution historique

Certaines régions (Nord, Lorraine, bassin Rhône-Alpes, Provence) ont subi une pollution industrielle au cadmium (métallurgie, chimie…). Des boues industrielles ou des dépôts de fumées ont contaminé durablement certains sols.

5. Accumulation lente, bioaccumulation

Le cadmium s’accumule dans le corps pendant des années (foie, reins). Une faible exposition chronique peut entraîner une charge corporelle élevée sur le long terme, surtout si les mesures de réduction sont récentes ou limitées.

Des études confirmant cette surexposition :

  • INVS (Santé Publique France) : études Esteban et EAT2 montrent que plus de 20 % des Français dépassent les seuils tolérables de cadmium, en particulier chez les femmes en âge de procréer.
  • EFSA (2009) : la France est l’un des pays de l’UE dont la population est la plus exposée au cadmium par l’alimentation.
  • Études biomonitoring : les taux de cadmium urinaire en France sont parmi les plus élevés d’Europe occidentale.

Que faire pour réduire cette exposition ?

  • Promouvoir une alimentation diversifiée (moins de produits hyperaccumulants).
  • Réduire l’utilisation d’engrais contaminés.
  • Continuer la surveillance alimentaire (AFSSA, ANSES).
  • Informer les populations à risque (femmes enceintes, fumeurs…).
  • Encourager l’arrêt du tabac, une source majeure de cadmium inhalé.

Cette page est inspirée des publications récentes sur le cadmium, ainsi que des solides informations du site internet du Centre de Lutte contre le Cancer Léon Bérard.

Laisser un commentaire