L’antibiorésistance : la crise invisible qui menace santé et environnement

L’antibiorésistance : la crise invisible qui menace santé et environnement

Pendant des décennies, les antibiotiques ont été nos armes les plus efficaces contre les infections bactériennes. Mais aujourd’hui, ce bouclier vacille : certaines bactéries résistent désormais à ces médicaments. On parle d’antibiorésistance, une menace mondiale que l’OMS classe parmi les 10 principaux dangers pour la santé humaine.

Qu’est-ce que l’antibiorésistance ?

L’antibiorésistance survient lorsque des bactéries mutent ou échangent des gènes leur permettant de survivre malgré la présence d’antibiotiques. Résultat : les traitements deviennent inefficaces, les infections plus difficiles à soigner, plus longues… voire mortelles.

En France, près de 5 500 décès par an sont déjà attribués à des infections résistantes. À l’échelle mondiale, ce chiffre pourrait atteindre 10 millions de morts par an d’ici 2050 si rien n’est fait.

Un enjeu environnemental autant que médical

On parle souvent des usages abusifs d’antibiotiques en médecine. Mais l’environnement joue un rôle clé dans la propagation de la résistance.

  • Dans l’agriculture industrielle, les antibiotiques sont largement utilisés, parfois préventivement, dans les élevages. Ces substances se retrouvent ensuite dans le fumier, les sols, l’eau…
  • Les eaux usées, mal traitées, contiennent des résidus d’antibiotiques et des bactéries résistantes qui se dispersent dans les rivières et les nappes phréatiques.
  • Même les hôpitaux ou les laboratoires pharmaceutiques peuvent relâcher des contaminants dans l’environnement.

Ainsi, les bactéries multirésistantes peuvent circuler librement entre les humains, les animaux et les écosystèmes, formant une chaîne invisible mais redoutable.

Une spirale à enrayer d’urgence

Plus on utilise d’antibiotiques, plus les bactéries s’adaptent. Et lorsqu’une souche résistante émerge, elle peut se transmettre très rapidement. La pandémie de Covid-19 a accentué le phénomène : les prescriptions d’antibiotiques ont explosé, même pour des maladies virales. Dans certains hôpitaux, certaines infections ne répondent plus à aucun traitement connu.

Que peut-on faire ?

La lutte contre l’antibiorésistance passe par une approche globale, dite « One Health », qui relie la santé humaine, animale et environnementale.

  • Limiter l’usage abusif des antibiotiques chez les humains et dans les élevages
  • Renforcer les traitements des eaux usées
  • Surveiller la qualité des sols et des milieux aquatiques
  • Soutenir la recherche sur de nouveaux traitements et alternatives naturelles
  • Adopter les bons gestes au quotidien : ne jamais prendre d’antibiotiques sans prescription, respecter les doses et durées prescrites, rapporter les médicaments non utilisés en pharmacie

En résumé

L’antibiorésistance n’est pas un phénomène isolé. C’est le résultat d’un déséquilibre global entre nos pratiques médicales, agricoles et environnementales.

La bonne nouvelle ? Il est encore temps d’agir. Mais cela nécessite une prise de conscience collective – car la santé de chacun dépend désormais de l’action de tous.

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