Interview exclusive du Dr Laurent Chevallier, expert en médecine nutritionnelle

Interview exclusive du Dr Laurent Chevallier, expert en médecine nutritionnelle

Interview par le Dr Véronique Mondain

Le week-end des 29 et 30 novembre 2025 s’est tenu le Salon Lecture en fête, à Roquebrune-Cap-Martin, avec 80 auteurs et autrices, des expositions et des débats.

Parmi les auteurs invités à ce salon, nous avons rencontré le Dr Laurent Chevallier, expert reconnu en médecine nutritionnelle, ancien praticien du CHU de Montpellier. Figure très connue des médias, il est l’auteur d’une dizaine de best-sellers.

Le Dr Véronique Mondain, présidente de l’association Santé Environnement 06, a eu le plaisir de l’interviewer, en exclusivité pour notre blog.

Dans ton expertise de médecin nutritionniste, s’il ne devait y avoir qu’un message à passer, quel serait le plus important par rapport à l’alimentation ?

Aujourd’hui, je crois que vraiment le problème numéro un, en le hiérarchisant, c’est ce qu’on appelle l’alimentation ultra-transformée. Donc il y a une différence entre l’alimentation transformée et ultra-transformée. La transformée, c’est par exemple fabriquer du pain, c’est une alimentation transformée. Fabriquer un pain de mie qui contient des émulsifiants, qui contient tout un tas d’additifs, c’est un produit ultra transformé. Un produit transformé, c’est par exemple du fromage. Un produit ultra transformé, ça va être une crème dessert dans laquelle on aura rajouté des éléments pour la texture, des arômes de synthèse, etc.

Donc comment on repère les aliments ultra transformés ? Il y a trois critères

Le premier critère, c’est « est-ce que c’est un produit qui a été déstructuré » ? Et par exemple, les pétales de céréales du petit déjeuner, ce sont des produits qui ont été déstructurés. Donc ça, c’est un des marqueurs.

Le deuxième marqueur, c’est qu’est-ce qui a été ajouté ? Dès qu’il y a des additifs qui sont ajoutés, dès qu’il y a des arômes, que ce soit naturel ou de synthèse, c’est en faveur d’un produit ultra transformé.

Et ensuite, quel type d’emballage ? Parce qu’il y a des molécules de l’emballage qui vont migrer dans la denrée alimentaire et qui vont modifier aussi différents éléments. Et on sait que certains des éléments qui vont migrer sont des perturbateurs endocriniens qui vont modifier le métabolisme.

Donc aujourd’hui la priorité c’est vraiment essayer de les détecter, même si c’est une notion un petit peu floue. C’est-à-dire qu’aujourd’hui les pouvoirs publics ne veulent pas définir ce que c’est qu’un produit ultra-transformé, pour tout un tas de raisons.

Et puis aussi, il y a, il faut bien le dire, des lobbys extrêmement puissants de l’agro-alimentaire. Il faut faire une différence entre les industriels et l’agro-business. C’est deux choses totalement différentes. On peut très bien produire en grande quantité, de façon industrielle, mais correctement, alors que l’agrobusiness, c’est vraiment la recherche d’un profit maximum et d’une dégradation de la qualité. En tout cas, la qualité n’est pas l’élément toujours complètement essentiel. Par contre, on travestit un peu ça avec des arômes, etc.

Beaucoup trop d’aliments ultratransformés !

Donc je crois que c’est ça qui est vraiment la priorité aujourd’hui, en sachant que sur les apports caloriques, pour les adultes, 36% des apports caloriques proviennent de cette alimentation ultra transformée. Et pour les enfants, 46%, ce qui est énorme ! C’est-à-dire que la moitié de l’alimentation provient de produits ultra transformés pour les enfants, à commencer par des sodas ou des produits comme ça. Or, on a toutes les études, enfin énormément d’études, qui nous montrent les méfaits de cette alimentation ultratransformée dans l’émergence de très nombreuses maladies, mais aussi dans le surpoids et l’obésité. Et dans les toutes dernières études que l’on a eues, c’était que même à quantité énergétique égale, l’alimentation ultratransformée favorisait l’émergence des maladies et favorisait aussi l’émergence de maladies mentales. Et ça, c’est tout à fait essentiel. Donc je crois que c’est la priorité.

Des pouvoirs publics pas à la hauteur des enjeux

Et malheureusement, les pouvoirs publics, en tout cas les décisionnaires politiques, ne sont pas à la hauteur des enjeux. Et c’est ça qui est tout à fait paradoxal, c’est-à-dire qu’on a beaucoup de gens qui recherchent, on a des instituts de recherche, que ce soit médicaux, que ce soit agronomiques, qui sont très performants, qui donnent tout un tas de conseils, qui sont financés par les pouvoirs publics, et après, la décision politique, elle n’arrive pas par derrière. Et ça, c’est quand même assez catastrophique. D’où l’importance des associations, de la citoyenneté, de la prise en charge. Parce que finalement, on a quand même un pouvoir, c’est le pouvoir du consommateur. Et le consommateur, il doit faire ses choix.

Et si les pouvoirs publics, les décideurs politiques ne sont pas capables, c’est à nous de nous prendre en main, par différents moyens, par la presse, par les associations, en limitant certains types d’achats, qui me paraissent tout à fait essentiels. Donc, on a quand même malgré tout un certain pouvoir, et il faut vraiment l’utiliser.

Moi je travaille avec des agriculteurs, j’ai des agriculteurs dans des cadres associatifs, et il y a quand même une forte volonté des jeunes agriculteurs de produire sans nuire.

Le problème qu’il y a aujourd’hui, et j’en ai vu encore il y a peu de temps, il y en a certains qui arrêtent le bio. Pourquoi ? Parce que les pouvoirs publics n’aident pas suffisamment le bio, c’est-à-dire que le bio n’est pas valorisé. Alors que le bio, ça limite l’exposition à certaines substances toxiques, ça limite tout d’un coup des substances aussi qui vont aller dans l’environnement, donc ils ne sont pas à la hauteur des enjeux. Et ça, on se rend compte qu’ils sont dépassés, pas qu’ils cherchent à mal faire, mais ils sont dépassés par les enjeux.

Un grand mouvement citoyen émerge

Donc je pense qu’il y a un grand mouvement citoyen qui est en train d’émerger. Évidemment, il est parfois contre-carré, mais il faut résister, il faut avancer, et c’est ce mouvement tel qu’on le fait dans les associations, notamment l’association au niveau départemental.

Comme Santé Environnement 06 !

Voilà, exactement, qui permettent de sensibiliser, et je crois que c’est un élément important. Et j’avais fait un livre, je me souviens très bien, en 2013, qui s’appelle ‘’Le livre antitoxique’’, et ce ‘’Livre antitoxique’’ avait fait le tour de la planète, puisqu’il a été traduit en chinois, en sud-coréen, en espagnol, paru dans différents types d’éditions, des éditions arabes en langue française, et j’avais demandé à un ami de l’INSERM, Roger Barouki, de me faire la préface. Et ce que j’expliquais dans le livre, c’est qu’aujourd’hui, les chercheurs ont bien sûr la nécessité de trouver de nouvelles choses, d’avancer dans leurs recherches, mais aussi un des éléments fondamentaux, c’est protéger les citoyens.

Donc, ils ne peuvent pas juste dire ‘’voilà, on a trouvé ci, on a trouvé ça’’, c’est finalement, ‘’qu’est-ce qu’on fait après ?’’, de façon concrète. Ce n’est pas faire que des rapports, des rapports, mais ‘’comment je m’implique’’ en tant que chercheur, pour limiter l’exposition. Et si jamais, on a fait un rapport, et qu’un an après, cinq ans après, il n’y a rien eu, quel type d’action on doit mener ?

(image : Dr Chevallier lors du salon de Roquebrune-Cap-Martin)

En sachant qu’on a des difficultés, par exemple avec certains syndicats agricoles, et je me souviens d’un syndicat agricole où on lui met sous le nez des études qui montrent qu’il faut faire attention à certaines choses, il balayait d’un revers de main au niveau du ministère, en nous disant ‘’ah oui, mais ceux qui ont fait ces rapports-là, ce sont des gauchistes.’’ C’est-à-dire qu’on essaie de dévaloriser aujourd’hui la parole du scientifique.

On essaie de dévaloriser aujourd’hui la parole du scientifique.

Et je crois que c’est très très problématique. Puisque finalement, ça devient quelque chose de totalement anarchique, le coût pour la santé devient absolument faramineux, et je crois qu’on critique beaucoup les réseaux sociaux, alors il y a des choses très très bonnes, une certaine liberté de parole, alors qu’il y a une espèce de chape de plomb qui apparaît en grande partie sur la presse, pour tout un tas de raisons. Donc, je crois qu’il faut développer les réseaux sociaux dans le bon sens, et moi, ce que j’ai expliqué, comme médecin, à des gens pour des centres de prévention, à des gens du Conseil de l’Ordre des médecins : Il faut investir ces réseaux sociaux pour, justement, donner des éléments factuels, intéressants. Il ne faut pas laisser les réseaux sociaux qu’à des dérives, il faut montrer qu’on peut faire des choses positives avec les réseaux sociaux. Et je dirais que c’est un peu notre rôle. Et c’est ce qu’on essaie de faire et de fédérer.

Merci Laurent. Une deuxième question, si tu permets. Là, tu viens de faire un nouveau livre sur les mitochondries. Finalement, qu’est-ce qui t’a poussé à travailler sur les mitochondries ? Et quelle pourrait être la donnée scientifique la plus importante du livre ?

Les mitochondries, c’est quelque chose qui excite énormément les chercheurs à travers le monde. On s’est aperçu que cette petite unité, qui est un organite, qui fournit de l’énergie à la cellule, est essentielle. Non seulement elle fournit de l’énergie, mais en plus, c’est la mitochondrie qui décide si la cellule doit mourir ou pas : l’apoptose.

(image : dernier ouvrage du Dr Chevallier)

Elle a des fonctions métaboliques aussi importantes, etc., qui sont favorisées par certains types d’alimentations, éventuellement certains compléments, l’activité physique aussi, il y a différents aspects qui sont à mettre en avant par rapport à la mitochondrie.

(image synthèse d’une mitochondrie)

Penser au magnésium !

Et finalement, si je disais ‘’il y a un élément’’, il y en a plusieurs, mais disons l’élément simple à mettre en place tout de suite, c’est penser au magnésium. Le magnésium, on en a besoin pour la mitochondrie. Plus de 70% des Français ont des apports insuffisants en magnésium. Il faut 300 milligrammes de magnésium par jour, qui ne sont pas apportés. On peut les apporter dans l’alimentation, en prenant plus d’oléagineux, donc les noisettes, les noix, qui en plus, apportent de la vitamine E, qui est utile. On peut avoir aussi des légumes secs, comme les lentilles, tous ces produits-là vont apporter du magnésium, ce qui est important, et éventuellement une supplémentation (magnésium bisglycinate).

Donc, je dirais que s’il y a un élément simple auquel il faut penser, c’est le magnésium. Il y a d’autres éléments, comme la vitamine E, la vitamine C. Et puis, ce qui est tout à fait fondamental, c’est tous les polyphénols qu’on a dans les végétaux, qui en contiennent énormément. Ce sont des protecteurs avérés des cellules, et qu’est-ce qu’ils font ? Eh bien, ils vont protéger les mitochondries. Parce que les mitochondries sont assez fragiles. Elles fournissent la chaleur, il faut savoir que c’est un exploit que d’avoir une température corporelle constante à 37 degrés, et 24 heures sur 24, c’est grâce aux mitochondries. Et au cœur de la mitochondrie, on est à peu près à 50 degrés. A 50 degrés, il y a des dégâts qui se forment au niveau de la cellule. Neutraliser ces dégâts, c’est avec les polyphénols, qui vont agir directement, mais surtout qui vont agir en stimulant nos propres systèmes de défense. Donc, ça me paraît très très important.

Eh bien, un grand merci Laurent !

Rencontre à Roquebrune-Cap-Martin le 30 novembre 2025

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