Message spécial de la présidente de l’association niçoise Santé Environnement 06 à Monsieur le maire de Nice, au sujet de l’inauguration de l’extension du Terminal 2 de l’aéroport de Nice, qui aura de lourds impacts en termes de santé environnementale sur notre territoire.
Retranscription des propos du Dr Véronique Mondain :
« Monsieur le maire de Nice, bonjour. Je suis le docteur Véronique Mondain, médecin au CHU et présidente de l’association Santé Environnement 06.
Le 13 avril, lors de l’inauguration de l’extension de l’aéroport de Nice, son directeur Monsieur Goldnadel a expliqué qu’elle augmentera sa capacité de 3 millions de passagers par an sans augmenter fortement le trafic aérien, et que les émissions de CO2 et de polluants diminueraient. Vous avez repris ces éléments en précisant, je vous cite : « Nous voulons avoir moins d’émissions grâce à des moteurs plus performants, grâce à la science et au progrès ».
Permettez-moi de reprendre de façon très factuelle des éléments de l’étude d’impact de l’extension, qui précise une hausse de 6 millions de passagers et non 3, et de 28 000 vols annuels, soit 80 vols de plus chaque jour.
Quant aux polluants, regardez ces courbes qu’il est impossible de contester. Entre 2010 et 2023, les oxydes d’azote de l’aéroport avaient déjà augmenté de 35 %. Avec l’extension, s’ajouteront encore 150 tonnes de polluants par an en 2034, dont les particules ultrafines, très nocives pour la santé. Et rappelons que Nice a des niveaux de pollution de l’air très supérieurs aux lignes directrices de l’OMS. Il y aura aussi plus de bruit, deuxième facteur d’impact sanitaire, avec une population toujours plus exposée aux troubles cardiovasculaires et mentaux, y compris chez les enfants.
En ce qui concerne les gaz à effet de serre, un enfant, justement, comprendrait que près de 30 000 vols supplémentaires ne peuvent aboutir à une baisse des émissions. L’étude d’impact le confirme : avec la hausse de la consommation de kérosène, ce sont des centaines de milliers de tonnes d’équivalent CO2 supplémentaires qui seront émises chaque année d’ici 2034, soit +26 % et non -11 % comme l’annonce de manière très spéculative l’aéroport. Pour rappel, notre aéroport émet déjà 1,6 million de tonnes de CO2 par an, ce qui portera les émissions à près de 2 millions de tonnes, soit plus que l’ensemble de la ville de Nice.
Permettez-moi de vous conseiller la lecture du dernier dossier du Shift Project sur l’aviation : « Pouvoir voler sans pétrole : Quel approvisionnement énergétique pour le secteur aérien ? » Que dit-il ? Qu’en dépit de l’apport des carburants alternatifs comme les SAF, les émissions de l’aviation ne baisseront pas, et il insiste sur la modération urgente et indispensable du trafic aérien.
Un autre rapport récent de l’ONG Transport & Environnement indique même que les extensions des aéroports français vont générer une hausse de 32 % d’émissions supplémentaires à l’horizon 2050, et conclut que ces extensions rendent impossible la décarbonation du secteur aérien.
Quant à l’économie, ce rapport démontre que le lien entre croissance du trafic aérien et croissance économique est très faible, voire inexistant dans de nombreuses régions européennes, alors que la pression du surtourisme, directement liée à la promotion de la Côte d’Azur à l’international, génère une hausse du coût de la vie de 16 % à Nice par rapport à la moyenne nationale, et donc des problèmes croissants d’accès au logement et de saturation des transports.
Alors, Monsieur le maire, vous affirmez défendre le bien-être et la santé des Niçois. Pouvez-vous soutenir cette bombe sanitaire, sociale et climatique alors que notre territoire est déjà très vulnérable au changement climatique avec la hausse des nuits tropicales, par exemple, et que le PCAET de la métropole n’a jamais atteint ses objectifs ?
Ces enjeux majeurs nécessitent un vrai débat démocratique incluant des scientifiques. Nous sommes à votre disposition. »


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