Les PFAS sont devenus un sujet de santé environnementale de plus en plus présent dans le débat public. Ces substances per- et polyfluoroalkylées, souvent appelées « polluants éternels » et connues pour leur forte persistance dans l’environnement, sont utilisées depuis les années 1950 pour leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes ou résistantes à la chaleur : elles entrent dans la composition de nombreux produits du quotidien : mousses anti-incendie, textiles techniques, cosmétiques, revêtements de cuisine ou emballages. Leur particularité est aussi leur principal problème : elles se dégradent très difficilement, ce qui leur vaut le surnom de « polluants éternels ».

Une étude inédite menée par Surfrider Foundation Europe, avec le laboratoire Eurofins, apporte un nouvel éclairage sur la présence des PFAS dans les eaux de baignade en France. Elle a été reprise par Le Monde dans son édition du 3 juillet 2026. L’enquête a porté sur 107 sites de baignade, qui ont fait l’objet de prélèvements entre juin et juillet 2025 : 80 plages littorales et 27 zones d’eau douce, comme des lacs et des rivières.
Des PFAS ont été retrouvés dans tous les échantillons analysés, avec 23 molécules différentes quantifiées !
Des polluants éternels et nombreux
L’étude a recherché 58 PFAS différents et produit plus de 6 200 résultats. Elle révèle que toutes les zones analysées présentent des concentrations détectables en PFAS. Au total, 23 substances ont été quantifiées, avec jusqu’à 19 PFAS distincts retrouvés sur un même site. Cette diversité illustre la complexité du sujet : il ne s’agit pas d’un polluant unique, mais d’une vaste famille de composés, dont certains ont été interdits tandis que d’autres continuent d’être utilisés ou apparaissent comme produits de dégradation.
Le résultat le plus marquant concerne le TFA, ou acide trifluoroacétique. Cette molécule, issue notamment de la dégradation de certains gaz réfrigérants fluorés et pesticides, a été détectée partout. Les concentrations moyennes relevées atteignent 1 728 ng/l (nanogrammes par litre) dans les sites d’eau douce et 356,5 ng/l dans les eaux marines. Ces niveaux surprennent les experts, notamment en mer, où l’effet de dilution aurait pu laisser attendre des concentrations plus faibles.
L’étude ne conclut pas à un danger immédiat et généralisé pour chaque baignade. Elle montre plutôt que la pollution chimique est désormais suffisamment diffuse pour concerner aussi les lieux associés aux loisirs, au sport et au plein air. Les chercheurs cités par Le Monde soulignent d’ailleurs que l’exposition des baigneurs au seul TFA reste à évaluer dans un contexte plus large, en tenant compte d’autres sources d’exposition et d’autres molécules PFAS.
Parmi ces autres molécules, deux retiennent particulièrement l’attention : le PFOA (acide perfluorooctanoïque) et le PFOS (acide perfluoro-octane-sulfonique). Ils figurent parmi les PFAS les plus étudiés en raison de leurs effets sur la santé. L’étude les retrouve fréquemment, aussi bien dans les eaux douces que sur le littoral. Certains sites dépassent également des seuils environnementaux utilisés pour évaluer l’état chimique des eaux, même lorsque la qualité bactériologique de baignade est jugée bonne ou excellente.
Une pollution chimique même dans les eaux bactériologiquement propres
C’est l’un des points importants de l’article : la réglementation européenne des eaux de baignade repose aujourd’hui surtout sur des critères bactériologiques, comme la présence d’Escherichia coli ou d’entérocoques intestinaux. Les pollutions chimiques, dont les PFAS, ne sont pas intégrées de manière spécifique dans l’autorisation ou l’interdiction de baignade. Surfrider plaide donc pour une surveillance plus complète, incluant ces substances persistantes.
Pour Surfrider, l’enjeu n’est pas seulement scientifique. Il concerne aussi la manière dont la qualité des eaux de baignade est suivie. Aujourd’hui, les contrôles destinés au grand public portent surtout sur les contaminations bactériologiques. Les PFAS, eux, ne font pas encore l’objet d’un cadre européen harmonisé pour les eaux de baignade et de loisirs. Les gestionnaires disposent donc de peu d’outils pour surveiller, interpréter ou agir face à ce type de pollution.
L’enjeu dépasse la seule question des plages. Les PFAS se dispersent dans l’eau, les sols, l’air, les organismes vivants et parfois la chaîne alimentaire. Leur présence dans les zones de baignade rappelle que la prévention passe d’abord par une réduction des émissions à la source, puis par une meilleure cartographie des contaminations.
Cette étude ne signifie pas que chaque baignade présente un risque immédiat. Sans dramatiser, cette étude invite donc à regarder la qualité de l’eau sous un angle plus large. Se baigner ne se résume plus seulement à éviter les bactéries après un orage ou une pollution ponctuelle. La question chimique devient elle aussi un sujet de santé environnementale, de connaissance scientifique et de gestion publique des milieux aquatiques.
Chaque citoyen et citoyenne doit prendre conscience de cet enjeu environnemental et sanitaire, qui s’inscrit pleinement dans le concept d’exposition environnementale (exposome), et mobiliser ses élu-es et dirigeants publics afin que cette pollution émergente soit circonscrite au plus vite et le plus largement possible. Et attention aux élus et candidats qui promeuvent la déréglementation environnementale et sanitaire !


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