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Santé environnementale : pourquoi voyons-nous si mal ce qui nous rend malades ?

Santé environnementale : pourquoi voyons-nous si mal ce qui nous rend malades ?

Pesticides, PFAS, cadmium, microplastiques, dioxines, polluants industriels… Les alertes sanitaires se multiplient, et avec elles une inquiétude grandissante : notre environnement quotidien contribue-t-il à l’augmentation de certaines maladies ? Dans un remarquable entretien au Monde, publié le 4 juillet 2026, le biologiste Marc Billaud et le médecin épidémiologiste Jean-David Zeitoun analysent un paradoxe majeur : alors que la population demande davantage de protection, les normes environnementales reculent souvent sous la pression d’intérêts économiques et politiques.

Article du Monde (édition du 4 juillet 2026)

L’exemple du cadmium illustre bien cette tension. L’Assemblée nationale a récemment voté une mesure visant à réduire la teneur de ce métal toxique dans les engrais. Pour Marc Billaud, ce n’est pas tant un « sursaut » qu’un rattrapage : la France était en retard par rapport à d’autres pays européens. Si cette avancée a été possible, c’est parce que le danger était difficilement contestable, notamment pour les enfants, particulièrement exposés. Jean-David Zeitoun souligne aussi le rôle décisif de la médiatisation, des médecins lanceurs d’alerte et du lien possible avec des maladies graves comme le cancer du pancréas.

Mais ces conditions restent rares. Les pollutions environnementales provoquent souvent des effets diffus, retardés, multifactoriels. Contrairement à une épidémie virale, elles ne produisent pas de choc immédiat ni de morts facilement visibles. Résultat : les responsables politiques réagissent peu, ou trop tard. Les statistiques émeuvent moins qu’un événement brutal, et l’ampleur même du problème peut susciter un sentiment d’impuissance.

À cela s’ajoute une difficulté culturelle. La médecine moderne s’est construite autour des grandes victoires contre les maladies infectieuses, de l’hygiène, des vaccins et des traitements. La santé environnementale, elle, reste marginale dans la formation médicale. Or les expositions contemporaines sont complexes : elles peuvent agir à faibles doses, sur le long terme, pendant la grossesse ou l’enfance, et parfois même d’une génération à l’autre.

Le déni est aussi psychologique. Reconnaître que l’air, l’eau ou l’alimentation peuvent nous rendre malades revient à admettre une vulnérabilité difficile à accepter, car ces expositions sont largement subies. Il est plus rassurant de croire que les risques sont faibles ou maîtrisables individuellement. Pourtant, nos corps sont déjà imprégnés de nombreuses substances issues de l’agriculture, de l’industrie ou de l’activité minière. Des dizaines de milliers de molécules ont été mises sur le marché, alors que les données toxicologiques solides ne concernent qu’une minorité d’entre elles.

L’indicateur de l’espérance de vie est insuffisant

Les effets sont-ils déjà visibles ? Les deux chercheurs invitent à dépasser l’indicateur trop global de l’espérance de vie. Celle-ci peut continuer à progresser tout en masquant des inégalités sociales, territoriales ou professionnelles. Certaines alertes sont déjà préoccupantes : hausse des cancers précoces, progression de cancers pédiatriques, maladies neurologiques comme Parkinson, troubles du neurodéveloppement, retour de la mortalité cardiovasculaire dans certains pays riches. Ces signaux ne prouvent pas toujours une causalité simple, mais ils dessinent une tendance préoccupante.

Un contre-discours sème le doute pour retarder l’action publique

Face à cette prise de conscience, un contre-discours s’organise. Il consiste à exiger des preuves impossibles, à instrumentaliser l’incertitude scientifique ou à présenter les alertes comme militantes et irrationnelles. Cette stratégie rappelle celles utilisées autrefois par l’industrie du tabac ou de l’amiante : fabriquer du doute pour retarder les décisions. Or, comme le résume Jean-David Zeitoun, le doute peut devenir politiquement toxique lorsqu’une seule étude rassurante pèse autant, dans l’opinion, qu’un faisceau massif de travaux inquiétants.

Que faire ? Les chercheurs défendent une réponse à la fois scientifique, politique et institutionnelle. Il faut mieux surveiller les expositions, renforcer l’indépendance des agences sanitaires, anticiper les risques plutôt que constater les dégâts, et sanctionner plus efficacement les atteintes graves à l’environnement et à la santé.

Agir et changer de langage !

Mais il faut aussi changer de langage : parler non seulement de maladies, mais aussi de faisabilité technique, d’économies publiques, de souveraineté et de gain collectif. La santé environnementale n’est donc pas un sujet périphérique. Elle oblige à repenser notre modèle de production, notre alimentation, nos normes industrielles et notre rapport au progrès.

La question n’est plus seulement de soigner les maladies, mais d’empêcher qu’elles soient produites à grande échelle.

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